OCCUPATION DU SOL HISTORIQUE

Publié le 9 fév 2017
Par Cecile Marechal

Des cartes d’état-major à l’occupation du sol historique

Observer l’évolution des territoires, optimiser la gestion et la protection des milieux naturels et valoriser les cartes d’état-major du XIXe siècle : découvrez la nouvelle donnée occupation du sol historique sur le Géoportail.

Visualisation de l’occupation du sol historique sur les cartes d’état-major du XIXe siècle : la ville de Brest dans le Finistère

Une nouvelle donnée géographique vient enrichir le Géoportail. Initialement sollicitée pour mieux connaître l’ancienneté des forêts afin d’améliorer la gestion forestière, l’occupation du sol historique sera utile à la gestion de tous les milieux naturels.

Visualiser l’occupation du sol à différentes périodes permet d’observer et de comprendre les changements d’affectations des terres. Ces nouvelles données anciennes permettent d’appréhender l’aménagement du territoire tout en évaluant les impacts environnementaux.

OCCUPATION DU SOL HISTORIQUE : QU’EST-CE QUE C’EST ?

L’occupation du sol historique est une donnée mise en œuvre à partir des cartes d’état-major au 1 : 40 000, élaborées au XIXe siècle entre 1825 et 1866.

Les données d’occupation du sol décrivent d’une part la couverture du territoire (végétation, routes, villages, cours d’eau, lacs…) et d’autre part les usages (agricoles, forestiers, urbains). Toutes ces informations sont numérisées, vectorisées et géoréférencées pour pouvoir être exploitées sur des outils comme le Géoportail.

L’ORIGINE DU PROJET : CONNAÎTRE LES FORÊTS ANCIENNES

Nos paysages sont façonnés et évoluent avec le développement des activités humaines. La répartition des forêts s’est beaucoup modifiée au fil des siècles en fonction des pratiques agricoles, de la démographie, du développement industriel et des guerres.

Visualisation des cartes d’état-major du XIXe siècle : la forêt du Lioran dans le Cantal

Connaître les forêts anciennes permet d’optimiser la gestion et la productivité forestière d’aujourd’hui et de demain. On appelle « forêt ancienne » un ensemble boisé qui n’a pas connu de défrichement depuis au moins 150 ans. Au XIXe siècle, la forêt française couvrait une superficie de 7 à 8 millions d’hectares (auquel on se réfère en tant que « minimum forestier »). De nos jours, celle-ci a plus que doublé pour atteindre 16,7 millions d’hectares en France métropolitaine.

Le projet initial de connaissance des forêts anciennes a conduit à mettre en évidence la nécessité de rassembler des informations sur l’ensemble des types d’occupation du sol au XIXe siècle.

La mise en œuvre des politiques de gestion des milieux naturels, de préservation de la biodiversité et du suivi des continuités écologiques va être facilitée par l’accès à cette nouvelle donnée.

QUELLE UTILITÉ ?

Améliorer la gestion forestière par une meilleure connaissance des écosystèmes forestiers est la première application, en s’attachant à la dynamique de production des forêts anciennes et récentes.

Visualisation de l’occupation du sol historique sur les cartes d’état-major du XIXe siècle mis en parallèle avec la carte IGN : la forêt domaniale de Landévennec dans le Finistère est un exemple de forêt ancienne.

La connaissance des espaces naturels, agricoles et forestiers et de leur évolution nous permet de renforcer leur préservation et leur protection. Ainsi les usages s’étendent aux zones humides, aux changements de cours d’eau, à la restauration des écosystèmes dégradés, à la gestion conservatoire de la nature… en se basant sur un état de référence.

Les cartes d’état-major valorisées peuvent être redécouvertes avec une meilleure lisibilité. La vectorisation permet d’exploiter les informations géographiques avec les outils d’aujourd’hui.

De nouvelles informations pour des besoins actuels sont apportées, que ce soit en matière de préservation de la biodiversité, en sylviculture (étude des forêts anciennes), en hydrologie (évolution des cours d’eau), en aménagement (étude d’impact, d’évolution), en archéologie (identification des sites), dans le tourisme

Une multitude d’acteurs tels que les gestionnaires de milieux naturels, urbanistes, paysagistes, collectivités, chercheurs… peuvent s’emparer de ces données et mener à bien des études qu’elles soient scientifiques, sociologiques ou historiques.

 

Visualisation de l’occupation du sol historique en parallèle de la carte forestière v2 sur la carte topographique IGN

 

Visualisation de l’occupation du sol historique sur la carte topographique IGN : la ville de Quimper dans le Finistère

Cette donnée numérique peut être croisée avec des données actuelles pour observer l’évolution des territoires depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. Une meilleure connaissance de la dynamique de ces espaces est acquise en identifiant leur nature (espaces agricoles, naturels, artificialisés et urbanisés… d’hier et d’aujourd’hui) et en retraçant leur histoire (découvrir l’emplacement d’anciennes carrières, le précédent lit d’un cours d’eau, l’aménagement ancestral d’un centre-ville, l’implantation des forêts à différentes époques…).

L’AVENIR DU PROJET

L’IGN s’est vu confier la mission d’organiser la production de la carte des forêts et autres occupations anciennes des sols de la France métropolitaine du XIXe siècle à partir des cartes d’état-major.

Ce projet a d’abord été mené sur le département pilote du Finistère (29). Les départements du Nord (59), de l’Allier (03) et des Côtes-d’Armor (22) sont également disponibles. Des collaborations actuelles avec divers organismes (INRA, Parcs nationaux, Parcs naturels régionaux, collectivités…) permettent de développer ce travail sur d’autres territoires.

D’autres partenariats sont en cours de concrétisation. À terme, la production de données a pour objectif de représenter une couverture complète du territoire national. Prochainement, plusieurs départements seront accessibles sur le Géoportail tels que le Pas-de-Calais (62), les Bouches-du-Rhône (13), le Cher (18), le Morbihan (56) et la Loire (42).

Bon à savoir : dans la mesure où les projections des cartes anciennes et modernes ne sont pas les mêmes et bien qu’un travail d’optimisation ait été effectué, les données d’occupation du sol historique ne sont pas exactement superposables sur les référentiels actuels.